Comment préparer la route pour faciliter la rencontre du Messie à Noël ?

Publié le par ZOUNGRANA Amédé Théo 1

Comment préparer la route pour faciliter la rencontre du Messie à Noël ?

Homélie du 2ème dimanche de l’Avent C / 5 décembre 2021 : St Gérald

Txt : Ba 5, 1-9 ; Ps 125 ; Ph 1, 4-6.8-11 ; Lc 3, 1-6 / Grand Séminaire Saint JB/Ouaga

 

Chers frères et sœurs, dimanche dernier, nous avons entamé une nouvelle année liturgique et notre première semaine de préparation à la fête de Noël. Les textes liturgiques orientaient nos regards vers le retour glorieux du Christ. La liturgie de ce 2ème dimanche de l’Avent nous invite à écouter le témoignage prophétique de Baruch, JB et Saint Paul.

Alors que nous cheminons sur le sentier de l’Avent, Jean-Baptiste vient nous interpeller et nous indiquer la route à suivre : « Préparez le chemin du Seigneur… » Je voudrais donc partir de ce verset pour notre méditation. Pour ce faire, je vous invite à faire route avec Jean-Baptiste dans la région du Jourdain. Avec lui, nous ferons un petit détour chez Baruch, un autre chez Paul. Ensemble, ils nous diront comment préparer la route pour faciliter la rencontre du Messie à Noël.

« Préparez le chemin du Seigneur… » Le cri de Jean-Baptiste dans l’Evangile fait référence à celui du Deutéro-Isaïe au 6ème siècle pendant l’exil à Babylone (Is 40, 3-5 ; 41, 19 ; 49, 11), mais aussi à celui plus récent de Baruch (2è s. av.) lu dans la première lecture. L’Exil à Babylone étant fini depuis bien longtemps, Baruch annonce le retour aux Juifs de la Diaspora (il s’agit de toutes les communautés juives répandues dans le monde gréco-romain et qui se sentent comme exilés de Jérusalem) : « Dieu a décidé que les hautes montagnes et les collines éternelles seraient abaissées, et que les vallées seraient comblées : ainsi la terre sera aplanie, afin qu’Israël chemine en sécurité dans la gloire de Dieu ». C’est une annonce de la fin de la servitude, du retour du peuple vers sa terre, parce que « Dieu se souvient ». Dieu n’a pas oublié son peuple : « Dieu conduira Israël dans la joie, à la lumière de sa gloire, avec sa miséricorde et sa justice » vers la Jérusalem nouvelle. C’est le condensé du message du prophète. C’est un message d’espérance que Baruch fait retentir aujourd’hui. Il dirige notre marche vers un avenir prometteur : « Jérusalem quitte ta robe de tristesse et de misère, et revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours ». Des robes de tristesse, nous en avons beaucoup avec la situation actuelle de notre pays. Au cœur de nos peines, Baruch nous invite à l’espérance : tous les drames de notre temps, quels qu’ils soient, ne doivent pas entamer nos énergies… bien au contraire. C’est une invitation à nous ouvrir à la joie des temps nouveaux, à nous libérer de nos peurs pour nous ouvrir à l’urgence de préparer les chemins du Seigneur.

Pour nous accompagner dans notre marche, faisons escale chez Paul. Il a une parole à nous adresser. Saint Paul, comme un nouveau Jean-Baptiste, a prêché la conversion aux Philippiens et les confie désormais au Seigneur, « qui achèvera le travail ». Son rôle est comparable à celui de Jean-Baptiste, parce que les chrétiens ont toujours besoin de se préparer à la venue du Seigneur. Ils doivent « discerner ce qui est le plus important » (v. 9) Saint Paul nous dit comment préparer le chemin du Seigneur. Il nous invite à vivre cet Avent comme une marche vers Noël ; le Seigneur lui aussi est en chemin, et nous nous préparons à sa venue en « aplanissant sa route » par une vie remplie d’amour... Accueillir l’Evangile en empruntant le chemin de l’amour, de la justice, de la vérité, de la paix et de la tendresse. C’est sur ce chemin que nous rencontrerons Jésus.

Enfin, dans notre marche, nous arrivons dans la région du Jourdain avec JB. Jean-Baptiste est présenté en marche sur les routes, en action pour annoncer la richesse et la beauté de l’Alliance de Dieu avec son peuple, de l’histoire du salut à l’œuvre. Il prend le relais de tous les prophètes qui l’ont précédé. On l’a appelé, à juste titre, « le Précurseur ». Il est vraiment le Pré-curseur, celui qui « court devant » Jésus car il prépare le chemin pour le Sauveur que Dieu a promis depuis longtemps, Jésus, dont nous célébrerons la naissance à Noël. Jean-Baptiste prépare la venue du Sauveur dans laquelle culminera l’histoire du salut. Les précisions historiques que saint Luc donne : « l’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode étant alors au pouvoir en Galilée » servent non seulement à situer le dernier des prophètes « fils de Zacharie », mais aussi, et surtout à incarner le mystère du salut qui s’accomplit dans la venue du Sauveur promis qui naîtra à Bethléem. L’histoire humaine suit son cours avec ses autorités, le Dieu d’Israël y intervient souverainement comme autrefois, car il est le Maître de l’histoire. C’est dans ce contexte que la « voix retentit dans le désert ». JB se fait « voix dans le désert » pour qu’Israël accueille dignement la Parole incarnée, le Christ.

La voix qui criait dans le désert a traversé les siècles et le message est toujours d’actualité. Ce message nous est adressé aujourd’hui et maintenant dans cette chapelle du grand séminaire. Cette voix est adressée à chacune et chacun d’entre nous dans notre quotidien. Dans le désert, pas dans les cocktails et maquis de la capitale, pas dans les vernissages de salons, pas dans les bals, pas dans les officines du pouvoir, pas au grand marché de Roodwooko. Mais dans le désert, dans le silence. La voix est celle d’un homme qui n’est pas comme les autres : Jean, fils de Zacharie. « Jean, parcourut toute la région du Jourdain [il fait du porte à porte] ; il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés, comme il est écrit dans le livre du prophète Isaïe : à travers le désert, une voix crie : préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. » Nous sommes les nouveaux auditeurs et les nouvelles auditrices de Jean-Baptiste. Préparons le chemin du Sauveur. C’est à nous que JB parle. C’est nous qui avons à accueillir la Bonne Nouvelle qu’il proclame et à nous convertir en revivant le baptême que nous avons reçu. Nous sommes le Peuple de Dieu toujours en route, en marche.

« Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route ». Les deux verbes contenus dans ce verset sont à l’impératif : « préparez » (ἑτοιμάσατε, aoriste actif) « aplanissez » (ποιεῖτε, présent actif). Cet impératif marque l’urgence de l’action à accomplir parce que la venue du Seigneur est imminente. Quand JB appelle à « préparer les chemins du Seigneur », à « aplanir sa route », à « redresser les sentiers », rendre droit, combler… les interrogations qui fusent sont bien celles-ci : quels sont ces chemins que nous devons préparer ? Quels sont ces montagnes, ces collines, ces ravins, ces routes à aplanir ?

Pour toi, ici présent, convoqué par le Seigneur, le chemin du Seigneur à préparer, c’est ton cœur. Il y a des ravins de malentendus à la maison ou au service, des montagnes d’orgueil et de méfiance à aplanir entre riches et pauvres, entre voisins, et parfois entre membres d’une même famille. Il y a aussi tous les chemins tortueux d’une société dominée par l’argent, les détournements, la corruption… La voix qui crie dans le désert vient déranger ta tendance à défendre tes droits, en négligeant ceux des autres. Les ravins, qui ont besoin d’être comblés sont les vides causés par ton/mon indifférence à la misère des autres. Et pour ce faire, J-B aujourd’hui t’appelle à une « opération-vérité / opération main propre » à faire dans NOTRE pays, en commençant par ton cœur et mon cœur à changer... Il nous faut rendre droits nos chemins tortueux, ces chemins d’injustice et de violence. Tout ce qui est creusé dans notre vie de tristesse, de souffrance, de misère... Tout ce que nous élevons dans notre vie d’orgueil, de puissance, d’arrogance... Tout ce que nous tordons dans notre vie d’erreurs, de jugements hâtifs, de méchanceté, de suspicion... C’est pour nous une invitation à regarder notre vie, à orienter notre vie vers Dieu. C’est se convertir, changer et renaître de nouveau, recevoir un « un baptême de conversion pour le pardon des péchés. »

Pour toi, séminariste et prêtre, membre de la famille du Précurseur, il y a tant de montagnes à abaisser et de passages tortueux à rendre droits. Dieu merci parce que le TM fait partie du programme de la maison. Ah ! le TM que vous aimez ! Donc il y a travail à faire… L’indifférence doit faire place à l’amour et la haine céder le pas au pardon. Laisser tomber nos méchancetés, nos hypocrisies, nos trahisons, nos coups bas, nos mauvais désirs… Et faire place désormais à la pratique de la justice, de la fidélité, à la vérité, à la recherche de la paix… Réinstaller le logiciel de la prière au cœur de notre vie. « Préparer le chemin du Seigneur… aplanir les sentiers du Seigneur » signifie recevoir le baptême de pénitence, mendier la miséricorde de Dieu, se confesser et se convertir ! Ainsi, « tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les routes déformées seront aplanies ; et tout homme verra le salut de Dieu ».

À la fin de la messe, nous serons tous envoyés pour préparer les chemins du Seigneur. À nous de continuer chacun pour sa part cette préparation en gardant les yeux fixés sur Jésus qui nous donne l’assurance de sa présence dans le Pain et le Vin consacrés que nous allons partager. Ainsi, demandons au Seigneur la grâce pour poursuivre notre marche vers Noël par une préparation du chemin de nos cœurs à travers une conversion sincère.

Qu’il nous écoute et nous exauce. Amen !

La paix soit avec vous !

Abbé Georges ZABRE

 

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