Comment rester serein et digne alors que tout s’écroule autour de moi , alors que mon pays va mal??

Publié le par Abbé Amédé ZOUNGRANA Théo 1

Comment rester serein et digne alors que tout s’écroule autour de moi , alors que mon pays va mal??

Homélie du 1er Dimanche de l’Avent, C (28 Novembre 2021)

Textes : Jr 33, 14-16 ; Ps 25, 4-5, 8-10,4 ; 1Th 3, 12-4, 2 ; Lc 21, 25-28, 34-36.

Chers frères et sœurs, bonne année… ! Il est vrai que le décor de notre liturgie de ce jour ne laisse pas forcement voir la joie et l’allégresse auxquelles nous sommes habitués à chaque nouvelle année civile (pas d’encens, pas de gloria, le violet comme couleur liturgique…). Mais depuis hier, à la prière du soir (vêpres), nous sommes entrés dans une nouvelle année liturgique, l’année C. Cette nouvelle année marque aussi l’entrée en vigueur de la nouvelle traduction du Missel romain, le livre qui rassemble toutes les prières récitées pendant la messe (petites modifications de quelques réponses et prières pendant la messe). Donc, très bonne année liturgique à tous et à toutes. Comme chaque année, l’année liturgique nouvelle commence par le temps de l’Avent, temps d’attente vigilante et d’espérance. Cela est très beau. Il est beau que dès le début de cette nouvelle année liturgique l’Eglise nous invite à l’espérance. On dit bien que l’espérance fait vivre…Et les textes de ce premier dimanche de l’Avent nous parlent justement d’espérance…

L’extrait du livre de Jérémie que nous venons d’écouter à la première lecture s’insère dans notre Bible dans un contexte bien particulier de l’histoire du peuple d’Israël. Nous sommes au 6e S av. J.C (entre 598 et 587) et déjà, Nabuchodonosor, le roi de Babylone avait commencé le siège de Jérusalem. Nabuchodonosor avait déporté une première vague dans laquelle se trouvait Jéchonias le précédent roi de Juda. Et pour trouver un successeur à Jéchonias, Nabuchodonosor choisit Sédécias (frère de Jéchonias) qu’il va lui-même introniser. Malheureusement, Sédécias n’a pas écouté les conseils du prophète Jérémie et a comploté contre le roi Nabuchodonosor. La sanction fut terrible : Nabuchodonosor marche sur Jérusalem, la détruit et envoie en exil une deuxième vague plus importante que la première avec le roi Sédécias où il y trouvera une mort bien funeste. On comprend alors que dans un tel contexte trouble de l’occupation babylonienne, le peuple avait de quoi se décourager et vaciller dans sa foi en Yahvé ! Aussi, précisons que Sédécias était bien le dernier roi de Juda. Après lui, on ne parlera plus de royaume de Juda. Tout s’écroule autour du peuple : plus de terre (pays) pour beaucoup d’entre eux et plus de roi…C’est alors que retentit la parole du prophète Jérémie : « Voici venir des jours- oracle de Yahvé- où j’accomplirai la promesse de bonheur…je ferai germer pour David un germe de Justice… Juda sera sauvé et habitera en sécurité… » et un peu plus loin (on ne l’a pas entendu dans le passage d’aujourd’hui),il poursuit « jamais David ne manquera d’un descendant qui prenne place sur le trône de la maison d’Israël... ». Pour l’homme qui n’a pas la foi, ces paroles du prophète peuvent sonner comme une belle provocation. Car il n’y avait pas en ce temps-là le moindre indice qui augurait un lendemain meilleur pour le peuple d’Israël, à part justement les belles promesses du prophète. Mais c’est cela l’espérance : « espérer sans voir » (cf Rm 8, 25) ; attendre ce qu’on ne voit pas encore.  Bien que les fidélités du peuple d’Israël fussent aussi éphémères que la rosée du matin, ce peuple n’a jamais cesser d’espérer. Le psaume est justement la réponse admirable de l’homme de foi devant les promesses de Dieu : « les voies du Seigneur sont amour et vérité…le secret du Seigneur est pour ceux qui le craignent ; à ceux-là il fait connaitre son alliance ». Espérer contre toute espérance (Rm 4, 18). C’est bien à cela que nous invite l’évangile que nous venons d’écouter.

Dans l’évangile, on peut comprendre ainsi les paroles de Jésus : « le monde s’écroule autour de toi ? Ce n’est pas grave, redresse-toi et lève la tête, car c’est bien le moment de ton salut. Laisse la peur aux autres hommes, aux incrédules, mais toi qui crois, toi qui as de l’espérance, reste digne et serein… ». Ces paroles sont bien rassurantes et réjouissent le cœur mais elles sont aussi un sérieux défi pour notre foi et notre espérance. Comment rester serein et digne alors que tout s’écroule autour de moi : mes études, mes projets, mon entreprise, et pire encore ma famille. Comment rester serein alors que mon pays va mal ? (On n’a presque plus de mots pour décrire notre douleur face à l’agonie de notre cher Faso). C’est dur… C’est dans ces moments difficiles qu’on a besoin que notre foi vienne suppléer à la faiblesse de notre espérance. Dans l’évangile, il est question de l’espérance malgré les difficultés du temps présents mais aussi, il s’agit de garder l’espérance en vue de la seconde venue du Seigneur à la fin des temps. Les évènements décrits par le Christ (tremblement de terre, fracas de la mer, tempête…) s’emblent nous informer que cette seconde venue du Christ à la fin des temps ne sera pas aussi discrète et calme comme sa première venue à Noel. Le calme de la belle nuit étoilée de Bethléem à Noël n’aura presque rien à voir avec l’ébranlement cosmique quand reviendra le Fils de l’homme dans la nuée avec grande puissance. Rien qu’à y penser ou même à s’y projeter, on a des frissons. La suite peut nous plonger davantage dans notre inquiétude : « comme un filet, il s’abattra sur tous les hommes de la terre », ça sera presque du sauve qui peut !

On ne se posera pas la question ici de savoir si réellement c’est ce qui va se passer ou pas à la fin des temps. Quel qu’il en soit, Jésus rassure…Pour que ce jour ne tombe pas sur nous à l’improviste il nous demande de veiller dans la prière, d’être vigilant dans la prière. Et cela, pas qu’une ou deux fois en passant, mais tout le temps. Il est bien plus qu’une impression que dans la vie chrétienne on ne peut pas toucher le plafond. On dirait qu’il n’y a même pas de plafond. Il est difficile de garder le cap, et Jésus le sait et prévient déjà : « tenez-vous sur vos gardes de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans la débauche, l’ivrognerie et les soucis de la vie ». Si les tentations de débauche, d’ivrognerie et de découragement pesaient sur les auditeurs de Jésus, on peut en dire davantage de nous aujourd’hui, sinon même plus. De tous les côtés nous sommes permanemment tentés tant à la débouche, à l’ivrognerie qu’au découragement. On peut laisser la parole aux plus anciens. Ils nous diront que le monde est gâté ! Ce qui était caché est rendu disponible sur la place publique par un seul clic d’ordinateur ou de téléphone. Toutes sortes de bières, de vins capiteux et raffinés nous sont proposés, toujours pour attiser davantage notre soif. Et que dire des soucis de la vie ? Mes études sont trop dures pour moi, je n’y arriverai pas ; mon patron ne cesse de me faire croire que je suis un incapable ; je ne suis même pas en mesure de subvenir aux besoins légitimes de ma famille ; la société ne cesse de me rappeler que parce que je n’ai rien, je ne suis rien…Les tentations de découragement sont grandes. En 2017 déjà un rapport de l’OMS soulignait qu’en 10 ans le nombre de dépression a augmenté de plus de 18%. Et en 2021 la tendance n’est pas à la baisse. C’est dire que nous allons de plus en plus mal. Et c’est dans un tel contexte que Jésus nous demande de tenir bon et de rester vigilant. Mais, Dieu est au courant de notre faiblesse. Il sait de quoi nous sommes capables. A ce propos, saint Philippe Néri, dans sa prière, parlant de lui-même, aimait dire à Dieu avec un peu d’humour : « Seigneur méfie-toi de Philippe ». C’est le temps de l’Avent et nous prendrons sans doute de bonnes et grandes résolutions mais nous aurons raison de demander nous aussi au Seigneur de se méfier de nous. Cette prière résume bien l’écart qu’il y a entre notre désir de faire le bien et nos réelles forces à l’accomplir. Déjà saint Paul le disait : « je ne fais pas le bien que je veux et je commets le mal que je ne veux pas ». C’est cela l’homme, l’insaisissable (nin-saala en moore). Nos seules intentions ne suffisent pas. On dit bien que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Et parce que c’est dur de faire tout le bien que nous voulons faire, Dieu nous demande de soutenir nos efforts quotidiens par la prière. Priez pour ne pas entrer en tentation.

Veiller, c’est ne pas s’abandonner au sommeil. Il peut arriver qu’on somnole quelque fois ou même très souvent, mais nous n’avons pas le droit de nous laisser aller au sommeil. Il est beaucoup plus facile et aisé de se laisser aller au sommeil, mais il nous faut tenir parce que justement nous sommes chrétiens (le chrétien c’est celui qui tient !). Il est difficile d’être chrétien ! Nous faisons tous les jours des efforts ? c’est très bien, mais cela n’est toujours pas suffisant. C’est ce que Saint Paul rappelle aux Thessaloniciens dans la deuxième lecture : « vous vous conduisez déjà bien, mais faites encore de nouveaux progrès » (1Th 4, 1). Persévérance rime avec vigilance et tous deux riment avec espérance. C’est parce que nous avons de quoi espérer que nous devons être vigilants et persévérants afin de posséder un jour l’objet de notre espérance. Il parait qu’un requin qui ne nage pas se noie. Eh bien, un chrétien qui n’espère pas se meurt….

Seigneur, sans toi nous ne pouvons rien faire. Toi seul peux nous fortifier intérieurement pour que nous soyons saints. Viens au secours de notre faiblesse. Nous voulons de tout notre cœur et nous espérons une grande fête et une grande joie quand tu reviendras pour chacun de nous. Nous te le demandons à toi qui es présent et vivant pour les siècles sans fin. Amen

 

                                                    Diacre Sosthène SAWADOGO, Théo IV.

 

 

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