Dieu est déjà à l’œuvre dans chacune de nos vies, peu importe la situation dans laquelle nous nous trouvons.

Publié le par Abbé Martin OUEDRAOGO

Homélie du 11èmdimanche du temps ordinaire, Année B

Texte : Ez 17,22-24 ; Ps91 ; 2Co5 ,6-10 ; Mc4, 26-34

Bien chers frères et sœurs, que la grâce du Seigneur demeure toujours avec vous !

De nos jours où les situations existentielles de l’homme deviennent de plus en plus préoccupantes et où les tendances éthiques pragmatico-utilitaristes tendent à prendre le dessus aussi bien dans la vie sociale que chrétienne, parler du Royaume ou vivre selon les exigences du Royaume parait un discours ou une attitude abscons, irréaliste. De surcroit, quand l’utile, l’efficacité, le hic et nunc deviennent le critère d’appréciation du bien, comment peut-on cerner une telle réalité qui, apparemment, semble lointaine sinon inexistante. Toutefois, ce serait une illusion de penser qu’à propos du Règne de Dieu instauré par le Christ, rien ne se passe. Dieu ne se désintéresse pas de ce qui se passe dans le champ du monde. Notre méditation portera sur la réalité du Royaume dont la trame se laisse percevoir à travers les textes liturgiques de ce jour.

De la dimension salvifique du Royaume

Dans la doctrine chrétienne, le Royaume désigne le rapport d’intimité entre l’Homme et Dieu, rapport qui libère l’homme et l’inscrit à sa destinée finale. Le Royaume de Dieu est donc le déploiement de l’œuvre du salut que Dieu accorde aux hommes. La première lecture nous montre l’intérêt d’une telle réalité pour Israël. De fait, le peuple d’Israël étant dans une situation de captivité et ayant vécu l’amère expérience de la déportation sous Nabuchodonosor, et ayant encore perdu ses terres et ses biens, ce message divin rapporté par le prophète Ezéchiel est un grand réconfort et une promesse de régénération. Le Royaume est la preuve de l’amour incomparable et inconditionnel de Dieu en faveur de son peuple Israël : Israël bénéficiera non seulement du pardon de ses péchés mais aussi de la joie de rencontrer la miséricorde imméritée de Dieu. Pour illustrer l’importance du Royaume, le prophète Ezéchiel se sert d’images parlantes : La jeune pousse prise à la cime du cèdre (Ez 17, 22) représente le futur roi issu de la lignée de David. Ainsi s’accomplira la promesse de Dieu à ce Roi, promesse selon laquelle la royauté serait toujours donnée à l’un de ses descendants (1R11, 36). La haute montagne désigne Jérusalem, où le futur roi règnera. Le grand arbre issu de la jeune pousse dont parle Ezéchiel représente le Royaume de Dieu annoncé par le Christ. Ce rétablissement de la royauté est synonyme de restauration du peuple lui-même et de l’alliance de Dieu avec son peuple. Dans l’attente de l’accomplissement de ce Royaume, l’Eglise qui le préfigure doit se garder des alliances de circonstances et ne compter que sur son Seigneur pour sa survie et sa liberté. Aussi, sommes-nous inviter à nous garder de toutes tendances aliénantes, consuméristes et mondaines que les séducteurs et les marchands de bonheur tentent de nous imposer. Ce règne, bien qu’il semble tarder, adviendra irrésistiblement.

De la lente et sure progression du Royaume.

« La venue du Royaume de Dieu ne se laisse pas observer, et on ne saurait dire : le voici ! Le voilà ! Car sachez-le, le Royaume est parmi vous » (Lc 17, 20-27). De fait, Dieu est déjà à l’œuvre dans chacune de nos vies, peu importe la situation dans laquelle nous nous trouvons. Les deux paraboles de l’évangile illustrent bien cette présence et cette croissance de ce règne au sein de l’humanité. L’œuvre de Dieu grandit sur la terre ou dans nos cœurs à la manière d’une plante qui pousse. Cela se fait naturellement sans bruit et sans éclat, mais Dieu y travaille. C’est une réalité qui nous est offerte et que nous ne pourrons jamais épuisée. L’image du petit grain de sénevé qui devient un grand arbre témoigne de son caractère voilé. Il est tout de même une vérité que ce qui ne se voit pas n’est pas forcement inexistant ; nous convenons avec Antoine de Saint Exupéry que l’essentiel est invisible pour les yeux.

Bien souvent, nous avons l’impression que le Seigneur nous a oublié, qu’il ne s’occupe plus de nous ; que l’impie et le méchant fleurissent pendant que le juste dépérit. Fort de son observation et de sa propre expérience, le psalmiste de ce jour s’est convaincu du contraire. A long terme, tout au moins, Dieu rétribue avec justice. L’impie est comme une plante à croissance rapide mais éphémère (Ps 91 v 7-8, 10,12) ; le fidèle, lui, est comme une plante à croissance lente mais persistante (v 13-15°). Sans les racines, le premier c’est-à-dire l’injuste, finit par périr ; solidement planté, le juste grandit, s’affermit, fructifie quoique dans des difficultés. Ainsi, cette prière du Psalmiste se veut être une action de grâce au Seigneur dont l’amour et la fidélité envers son peuple demeurent pour toujours.

En outre, l’évolution du Royaume révèle la sagesse de la pédagogie divine en vue du salut de l’homme. Un des éléments instructifs de ces paraboles est la disproportion entre ce qu’est le Royaume au début, « tout petit » … et en son achèvement, « très grand ». Cette illustration du Royaume reflète, d’une manière ou d’une autre, le déroulement de la vie et de l’œuvre du Christ. Son ministère paraissait si insignifiant qu’il était difficile pour les juifs de l’accepter comme leur Messie attendu ; nous savons qu’ils attendaient un Messie révolutionnaire, libérateur de la domination de l’occupant romain et des peuples ennemis. La majeur partie de ces concitoyens l’a rejeté et accusé d’imposture. C’est non sans peine qu’il a pu rassembler un certain nombre de disciples autour de lui. De nos jours, l’Eglise « sacrement universel de salut » est cette graine semée il y a plus de deux mille (2000) ans et dont nous constatons l’importance pour le développement spirituel, moral, et social de l’humanité.

Tout bien considéré, nous sommes invités à laisser le temps au temps. Les lenteurs de la germination, la lourdeur de nos angoisses, la douleur de nos souffrances si préoccupantes soient-elles ne doivent pas nous conduire au désespoir. Cheminant dans la foi « sans voir », mais dans la confiance, nous devons nous attacher à « plaire au Seigneur », car l’assurance d’être unis à Lui bannit toute peur. C’est aujourd’hui le temps de la patience et non ipso facto celui de la moisson ou de la rétribution. Aussi, il est à noter que le règne concerne en même temps et l’aujourd’hui et les fins dernières.

Le « déjà là » du Royaume

Le Royaume de Dieu a déjà commencé. Ce royaume est parmi nous. Il est « déjà donné » et reste « toujours à posséder ». En effet, la présence en nous du Royaume « consiste en ce que l’amour de Dieu qui se communique lui-même, commence à régner en nous et par nous »[1]. En ce sens, nous contribuons à rendre effective, la vie divine sur terre par l’imitation du Christ. Notre patience dans les épreuves, nos efforts pour un vivre ensemble harmonieux, nos secours envers les vulnérables, notre sens de la justice et de l’objectivité, sont entre autres des signes du « déjà là », un avant-goût du « pas encore », réalité future. Dès lors, « Parler du présent, c’est parler en même temps du futur et inversement. Le futur de Dieu est salut pour celui qui saisit le maintenant comme présent de Dieu et comme l’heure du salut »[2].

En définitive, Dieu n’est pas indifférent aux attentes de son peuple. Dieu ne s’y prend pas autrement que le paysan qui, après avoir semé, attend. Dieu agit, le Royaume est une semence qui germe irrésistiblement, il est peut-être encore invisible, mais la moisson viendra. Frères et sœurs en Christ ! Semez ! Faites votre travail de jardinier, d’éducateurs, d’agents de l’Etat ou du privé ; jouez votre rôle de père et de mère, de formateurs ou de formés et faites confiance en Dieu. La semence poussera seul car c’est Dieu qui agit. Jésus l’avait bien dit en parlant de Lui-même : « en vérité en vérité je vous le dis si le grain de blé qui tombe en terre ne meurt pas, il reste seul ; si au contraire il meurt, il porte du fruit en abondance » (Jn, 12, 24) ». C’est là que se manifeste la puissance de Dieu : la Parole semée dans la pauvreté et l’humilité devient peu à peu un arbre immense dont les branches sont assez grandes pour accueillir l’humanité tout entière. Voilà le dessein bienveillant de Dieu : « réunir l’humanité tout entière en son fils Jésus ».

Dieu, père éternel et tout puissant, nous te rendons grâce pour la vie de ton Christ et pour son corps qui grandit parmi nous. Donne à ton Eglise de fructifier encore : comblée de joie par la grandeur de tes œuvres, qu’elle annonce au monde ton amour. Toi qui vis et règnes avec le Fils et le Saint Esprit maintenant et toujours dans les siècles des siècles. Amen !

Wêndlarîm Anthyme OUEDRAOGO

 

[1] Cf. W. Kaspers, Jésus le Christ, Cerf, Paris, 1991. P. 124-125

[2] Ibidem p. 124-125

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