Vous cherchez à connaître Dieu, dit Jean, vous avez bien raison, mais ne vous égarez pas avec toutes vos discussions sur la connaissance de Dieu.

Publié le par Abbé Martin OUEDRAOGO

Homélie des vêpres solennelle du 6èm dimanche de pâques

Chers frères en Christ bonsoir !

La parole de Dieu que nous venons d’écouter se situe probablement à la fin du 1er siècle.

Cette période est marquée par des débats, de vives controverses et même conflictuelles au sein de l’Eglise sur la question du mystère et de l’identité du Christ. En effet, l’Eglise une fois sortie des persécutions, se trouve confrontée de nouveau à des réalités internes liées à la difficulté de présenter la personne du Christ, mort et ressuscité. Les théologiens s’interrogent : « le Christ Jésus, qui est-il en réalité ? Est-il un homme ou un Dieu » ? Si nous affirmons qu’il est un homme, alors d’où lui viennent ses pouvoirs surnaturels ? Par contre si on affirme qu’il est un Dieu, alors comment soutenir l’idée du monothéisme absolu de l’Ancien Testament ? Et si encore nous affirmons qu’il est à la fois homme et Dieu comment peut-on expliquer la théorie de l’être complet d’Apollinaire qui selon lui deux êtres complets eux-mêmes possédant chacun un principe qui lui est propre ne peuvent constituer une personne vivante. Autrement dit, si l’homme est un être complet en lui-même comment peut-il accueillir l’autre (Dieu) sans se perdre ? C’est dans une telle situation d’impasse qu’il revient aux théologiens de se prononcer. De là naitront les hérésies. Pour les docètes, l’humanité de Jésus n’est qu’apparente. Par conséquent, ils mettent l’accent sur sa divinité au détriment de son humanité. Les ariens par contre, prennent le contre pieds en défendant son humanité au détriment de sa divinité. Et pour réconcilier ces deux tendances, Nestorius lui, affirme l’existence de la double nature en la personne de Jésus Christ, mais malheureusement il tombe lui aussi dans l’hérésie en les séparant. Dès lors, la communauté chrétiennes est en crise ; elle est troublée, désorientée. Que faut-il faire ? C’est sans doute dans ce contexte que pour Saint Jean, avant de convoquer un concile, il faut faire sortir la communauté de ces interminables discussions théologiques pour la ramener à l’essentiel du message et du vécu du Christ : Dieu est amour. Vous cherchez à connaître Dieu, dit Jean, vous avez bien raison, mais ne vous égarez pas avec toutes vos discussions sur la connaissance de Dieu : c’est bien simple, mettez-vous à son diapason. ‘‘Dieu est Amour’’. Et Voici comment Dieu a manifesté son amour parmi nous : ‘‘Dieu a tant aimé le monde qu’il a envoyé son Fils Unique afin que quiconque croit en Lui ne se perde pas mais ait la vie éternelle." (Jn 3,16) Et chaque fois que vous aimez, vous êtes au diapason   de Dieu. Là où il y a de l’amour, là est Dieu. Et "Tous ceux qui aiment sont enfants de Dieu et connaissent Dieu." L’amour est la clé qui nous ouvre le mystère de Dieu, il nous permet d’entrer en intimité avec le Christ et de percevoir véritablement sont être qui n’est autre que l’amour.  Il me semble bien que c’est la grande leçon que Saint Jean veut donner aux croyants.

L’Ancien Testament, déjà, avait très bien compris que connaître Dieu et aimer était la même chose et que le jour où l’humanité connaîtra vraiment Dieu, elle deviendra fraternelle. Isaïe, pour faire entendre ce message-là a inventé sa merveilleuse fable des animaux : "Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau. Le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits même gîte. Le lion comme le bœuf mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra. Sur le trou de la vipère le jeune enfant étendra la main. Il ne se fera ni mal ni destruction sur toute ma montagne sainte, car le pays sera rempli de la connaissance du seigneur comme la mer qui comble les eaux. (Is11,6-9). C’est bien le projet de Dieu pour l’humanité depuis toujours, un projet d’harmonie universelle. Vous m’appelez le Maître et le Seigneur, et vous dites bien car je le suis."(Jn13,13) Et il ajoute. "Dès lors, si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres. Cette découverte du vrai visage de Dieu change la face du monde : jusque-là on croyait que Dieu avait des comptes à régler avec l’humanité pécheresse ; pour obtenir l’effacement de tous ces péchés, on croyait bon d’offrir des sacrifices, des victimes ; en Jésus-Christ, on découvre un Dieu qui est Amour et Pardon, qui n’a pas de comptes à régler mais qui nous demande simplement de lui ressembler en nous aimant les uns les autres.  Que notre prière de ce soir nous en donne les grâces.

                                                     Abbé Matthieu SOMDA-Diacre

 

 

 

Publié dans Homélies

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