Qui dois-je aimer ?

Publié le par Abbé Martin OUEDRAOGO

Qui dois-je aimer ?

Grand Séminaire Saint Jean-Baptiste de Wayalghin

 HOMELIE DU 6èm DIMANCHE DE PAQUES/ Année B. TEXTES : (Ac10,25…48 ; 1Jn 4 ,7-10 ; Jn 15 ;9-17)

Chant : où sont amour et charité Dieu est présent.

 L’amour du Christ nous a groupé dans l’unité

En cet amour n’ayons que joie et allégresse

            Chers frères et sœurs ! Que la paix de notre Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu le Père et la communion de l’Esprit Saint soient toujours avec vous.

Le désir le plus profond, le besoin le plus vital de l’homme et de la femme dès la plus tendre enfance, et à tous les âges de la vie d’ailleurs, c’est aimé et d’être aimé. Mais qu’est-ce que l’amour ? Bien de réponses ou plutôt d’essais de réponses ont été apportés à cette question, mais jamais unanimement, on a trouvé pleine satisfaction. L’amour comme la vie, échappe à toute tentative de définition. De ce fait, les amants se servent des figures de rhétoriques pour manifester leur affection les uns pour les autres à travers des termes suivants : Ma blessure sucrée, mon miel, mon soleil de minuit, mon cœur, mon oxygène... L’amour désigne dès lors des réalités différentes, charnelles ou spirituelles, passionnelles ou réfléchies, épanouissantes ou destructrices. De nos jours le mensonge, l’injustice, la corruption, les trahisons, les coup-bas, l’infidélité, l’hypocrisie, les violences de tous ordres…sont autant de maux qui affectent notre vivre ensemble si bien que la question de l’amour est devenue une équation à double inconnue. Dans cette ambiance complexe d’hier comme d’aujourd’hui, la voix du Christ se fait entendre à travers son testament : « ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres ». De fait, la véritable question qui se pose est de savoir pour le disciple du Christ, quelle attitude adoptée dans un monde où les vices tendent à devenir une norme tandis que la vertu cherche difficilement sa place ?  Comment aimer ton ennemi, celui qui t’a trahi, qui te met des bâtons dans les roues, ou qui désire ta mort ? Qui dois-je aimer ?  Voilà quelques interrogations qui taraudent parfois le disciple du Christ et des personnes de bonne foi qui ont été victime de la trahison ou de la méchanceté humaine.  Voilà ce à quoi je voudrais orienter notre méditation de ce jour.

  Bien-aimés de Dieu, à l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés… ». Ce sont donc les dernières confidences de Jésus à la veille de son « départ ». Tout commence, pour Jésus, dans le secret de Dieu, dans l’abîme invisible qui est la source de « tout ». En Dieu, il n’y a pas de solitude, ni de tristesse, mais la joie d’un amour vécu entre trois personnes qui ne cessent de s’aimer : Dieu est amour ! Le père aime le fils, et ils donnent la joie de leur amour à leur esprit commun. Cet amour invisible s’est incarné un jour dans la nature humaine, Jésus de Nazareth. Le mystère d’amour divin est devenu visible, sensible : il a fait battre un cœur d’homme. « Le père m’a aimé… » « Moi aussi, je vous ai aimé… ». Et mon commandement le voici : aimez-vous les uns les autres comme je vous aimés. Ne passons pas trop vite sur ce comme mystérieux. Jusqu’où Seigneur nous entraînes-tu ? Jusqu’où nous demandes-tu d’aimer ? Jusque-là où ton amour t’as conduit : « il n’y a pas de plus grand amour que de donne sa vie … ». Aimer jusqu’à donner notre vie, est le fondement de la célébration eucharistique qui est le sommet de notre foi : présence d’amour réel du Christ au milieu de nous « Voici mon corps livré, mon sang versé : faites cela en mémoire de moi » La question de savoir qui dois-je aimer pour le chrétien n’a plus sa raison d’être. Tous ceux qui aiment sont enfants de Dieu, et ils connaissent Dieu. Celui qui n’aime pas ne connait pas Dieu, car Dieu est amour. Cf (1Jn7,8). L’amour du prochain est par conséquent un commandement et non une option pour le chrétien. Tout homme est un être créé à l’image de Dieu, un être pour qui Jésus Christ est mort sur la croix par amour, un être qui est, ou qui est appelé à devenir fils adoptif de Dieu, frère du Christ, héritier du ciel, un être qui est notre frère, et avec qui le Christ a voulu s’identifier. Par conséquent, il mérite respect, amour et considération. L’amour chrétien s’enracine dans l’amour du Christ, qui est don de soi. Un don gratuit de sa vie pour tous les homme pécheurs, sans aucun mérite de leur part, (Mc 10,45). Il est don universel ne laissant subsister aucune barrière sociale, raciale, ou ethnique ; ne méprisant personne ; et bien plus, demande d’aimer nos ennemies. L’amour ne peut se décourager : il est expression du geste spontané vers l’adversaire, (Mt5,23), la patience, le bien rendu pour le mal (Rm 12,24), le pardon sans limite (Mt18, 21). « Père, pardonne leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Telle est la prière de Jésus adressée à son Père en faveur de ses bourreaux sur la croix. Si ton frère, ta femme, ton mari, ou ton enfant vient à fauter ou à pécher, dit Jésus, va le trouver et prend-le seul à seul dans la charité. S’il t’écoute tu auras gagné ton frère.

  Frères bien aimés de Dieu, la célébration eucharistique, est la célébration du mystère d’amour, de pardon et de la réconciliation entre les hommes, mais aussi et surtout entre l’Homme et Dieu. De fait, la réconciliation avec Dieu présuppose la charité envers le prochain : « Quand donc tu viens présenter ton offrande à l’autel, si tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, alors laisses là ton offrande devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite tu viendras présenter ton offrande » (Mt 5,23-24). Pour ce faire, Chacun doit considérer son prochain comme « un autre lui-même », et lui vouloir le bien que l’on souhaite pour soi-même. Tout acte d’amour a sa source dans le cœur de Dieu. On peut donc contempler Dieu dans le cœur d’une maman qui aime son enfant, d’un enfant qui aime ses parents, d’un fiancé qui aime sa fiancée, d’un époux qui aime son épouse, d’un homme qui se dévoue pour ses collègues de travail, d’un travailleur qui met son métier au service de ses compatriotes. Si vous faites cela, si vous êtes fidèles à mes commandements, vous demeurez dans mon amour, vous êtes mes amis.  Alors, Je ne vous appelle plus serviteurs car le serviteur ignore ce que veut faire son maître ; maintenant je vous appelle mes « amis », car tout ce j’ai appris de mon père je vous l’ai fait connaitre. Jésus ose dire qu’il abolit la distinction entre « maître » et « serviteur », et la distance entre « Dieu » et « l’homme » : il n’est plus question, désormais, que d’amis qui n’ont plus rien de cacher l’un pour l’autre ; la tendance de l’amour c’est de tout partager, de tout mettre en commun. Oui l’amour refuse de dominer, il tend à respecter l’autre, à en faire l’égal de soi. Et nous savons aussi par nos expériences humaines, que deux personnes qui s’aiment tendent à la transparence : l’amour est communication et communion. On se dit à l’autre, on se révèle à lui. De ce fait, Jésus est celui qui a été envoyé dans le monde pour manifester l’amour qui est en Dieu. Pour nous communiquer cette amour et nous conduire à la communion d’amour avec Dieu. En Jésus Dieu a dit son dernier mot ! Il n’y a rien d’autre à chercher encore sur Dieu. Jésus nous a dit ce qu’on peut dire sur Dieu. Dieu est amour. En tant qu’enfant d’un même père, nous sommes appelés à refléter cet amour du Père à l’endroit de nos frères et sœurs en détresse, et qui ont besoin d’un petit sourire, ou un geste de solidarité pour trouver la joie de vivre en enfant de Dieu. Car l’amour n’est rien sans partage. Que la présente célébration eucharistique, nous en donne les grâces.

 Chant : donnes un verre d’eau … à qui a soif … Tu auras la vie éternelle.

Quittes ton petit monde et vas-vas ! en ! En ouvrant ton cœur à tous tes frères.

                                                                                                          Matthieu SOMDA, diacre

Publié dans Homélies dominicales

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