La mission d’annonce et de témoignage incombe à nous tous sans exception.

Publié le par Abbé Martin OUEDRAOGO

Bénédiction des objets de piété par le Diacre Théophile KIENOU

Bénédiction des objets de piété par le Diacre Théophile KIENOU

 La mission d’annonce et de témoignage incombe à nous tous sans exception.

HOMELIE ASCENSION DU SEIGNEUR 2021. TEXTES : AC 1,1-11 ; PS 46 ; EP 4,1-13, MC 16,15-20

La grâce et la paix du Seigneur soient toujours avec vous ! A l’entame de cette méditation, je vous souhaite une bonne fête de l’Ascension du Seigneur à tous et à toutes!

Chers frères et sœurs en Christ, en cette solennité de l’Ascension, les textes bibliques que nous venons d’écouter nous présentent d’une part la montée du Seigneur auprès de son Père et d’autre part le mandat missionnaire qu’il nous donne avec la Force de l’Esprit Saint. Quelle est l’économie de cette Ascension du Seigneur d’auprès de son Père ? Quelles sont les implications qui en découlent pour notre vie chrétienne au soir de cette Ascension ?

De l’économie de l’Ascension du Seigneur

L’Ascension est la montée de notre Seigneur Jésus-Christ auprès de Dieu son Père. L’apôtre Paul s’interroge profondément sur la nature de cette montée salvifique pour nous. Que veut dire « il est monté » ? Cela signifie qu’il était d’abord descendu dans les régions inférieurs de la terre, puis est monté au-dessus de tous les cieux pour remplir l’univers (cf. Ep 4,9-10). Il épousa la condition humaine, excepté le péché pour nous sauver. Comme nous le révèle l’hymne christologique de saint Paul en Ph 2,6-11, le Christ s’est fait obéissant jusqu’à la mort sur une croix, c’est pourquoi Dieu l’a exalté. Mais, après avoir assumé la condition humaine jusqu’au bout, il fallait bien qu’il retourne dans la gloire de son Père. Dans ce sens, quarante jours après sa résurrection, il accorda aux apôtres le privilège de le voir monter auprès de son Père. « Tandis que les apôtres le regardaient, il s’éleva et une nuée vint le soustraire à leurs yeux » (Ac 1,9). Monté aux cieux, le Christ est entré dans la gloire de Dieu. Il ne veut pas laisser penser qu’il abandonne sur la terre les hommes ; c’est pourquoi il annonce à ses disciples la venue de l’Esprit Saint ; et il leur promet d’être avec eux pour qu’ils annoncent au monde entier la Bonne Nouvelle du salut.

L’Ascension revêt une double signification : le voilement du Christ dont la nuée est le signe et son exaltation céleste à la droite du Père. « Oracle du Seigneur à mon Seigneur : siège à ma droite » (Ps 110,1). « Il est désormais plus haut que les cieux » comme l’affirmait la lettre aux Hébreux. Ces passages bibliques expriment la réalité du Christ ressuscité et monté à la droite du Père. L’Ascension du Seigneur est alors une fête qui est à comprendre dans le prolongement de Pâques et qui culmine jusqu’à la Pentecôte. C’est une réalité à laquelle on n’accède que par la foi. Jésus n’est plus physiquement avec nous, il est désormais à la droite du Père. Saint Maxime s’interrogeait sur la réalité de l’Ascension du Seigneur en ces termes :

Que fut Jésus avec ses disciples pendant ces quarante jours qui ont suivi la résurrection ? Il leur enseigne la sagesse de l’âge mûr, il leur donne des instructions fécondes qui les convertissent. Ensuite, il monte au ciel, c’est-à-dire vers son Père ; son incarnation fructifie alors, et il communique à ses disciples les semences de la sanctification.

Après sa mort, le Christ est descendu dans les abîmes avant de ressusciter, afin de combler l’univers entier en sauvant les vivants et les morts. C’est en ce sens que saint Paul invitait les Colossiens à rendre grâce à Dieu en ces termes : « Nous arrachant à la puissance des ténèbres, il nous a placés dans le royaume de son Fils bien-aimé ; en lui nous avons le rachat, le pardon des péchés » (Col 1,13-14).

Frères et sœurs en Christ, avec l’Ascension, Dieu nous invite à la foi au Christ mort et ressuscité. C’est dans ce sens que le Psaume 46 nous appelle à rendre grâce au Christ, car c’est pour nous préparer une place dans le Royaume des cieux pour nous rendre participants à l’héritage des saints et à la gloire de Dieu le Père qu’il est monté au ciel (cf. Ep 3,17-19).

Les Actes des Apôtres encore appelé l’Evangile de l’Esprit relatent la mission que les apôtres ont accomplie sous l’impulsion de l’Esprit Saint. L’Ascension est le passage de la mission du Christ aux mains des apôtres sous l’égide de sa présence spirituelle puisqu’il est là avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde. C’est pourquoi pour maintenir sa présence permanente au milieu de nous, il nous donne un mandat missionnaire: l’annonce de l’Evangile.

Du mandat missionnaire au soir de l’Ascension du Seigneur

« Allez dans le monde entier. Proclamez l’Evangile à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné » (Mc 16,15-16). Frères et sœurs en Christ, voilà qui résume le testament que nous laisse le Christ : être missionnaire comme lui. Pour cela, il nous a préparés à cette mission d’annonce du Kérygme par le témoignage. Il a voulu que nous soyons les témoins vivants de sa résurrection. Ce témoignage s’appuie sur les preuves qu’il a données à ses apôtres après sa résurrection et dont les évangiles se font l’écho. En son nom, ils prophétiseront, ils chasseront les démons et guériront les malades (cf. Mc 16,17-18).

Cette mission de témoignage du Christ nous recommande la vertu de fidélité au mandat missionnaire qu’il nous donne, caractéristique du disciple. Nous sommes donc des ambassadeurs du Christ.

Et en tant que disciples, non seulement, nous ne nous envoyons pas nous-mêmes en mission, mais en plus nous n’accomplissons pas notre propre mission mais celle du maître le Seigneur Jésus-Christ. C’est donc en épousant l’esprit du disciple, que nous pourrons proclamer la Bonne Nouvelle de sa résurrection à tous nos frères et sœurs. Le Christ s’en est allé, c’est donc maintenant le kairos, le moment favorable où nous devons rendre compte de l’espérance et de la foi qui nous habitent en étant des missionnaires convaincus et convaincants. Et si pour Georges Gusdorf, « c’est mal récompenser son maître que de rester disciple», pour nous chrétiens, c’est en devenant bons disciples que nous récompensons notre maître, le Christ, en obéissant à la mission qu’il nous a confiée. Et cette mission qui est une mission de salut est la suivante: répandre la Bonne Nouvelle de salut au monde entier et observer les commandements à nous confiés.

Chers amis de Dieu, en agissant de la sorte, nous sommes en phase avec la nature missionnaire de l’Eglise que nous formons. Le décret Ad gentes nous le rappelle à plus d’un titre : « Par nature, l’Eglise durant son pèlerinage sur terre est, missionnaire, puisqu’elle tire son origine de la mission du Fils et du saint Esprit selon le dessein de Dieu le Père » (AG 2). Le mandat missionnaire est donc l’envoi explicite et public de l’Eglise pour annoncer le salut de Dieu en Jésus à tous les hommes : juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, l’homme ou la femme (cf. Ga 3, 28). A cet effet, le pape Jean-Paul II affirme dans son encyclique Redemptoris Missio:

La mission du Christ Rédempteur, confiée à l'Eglise, est encore bien loin de son achèvement. Au terme du deuxième millénaire après sa venue, un regard d'ensemble porté sur l'humanité montre que cette mission en est encore à ses débuts et que nous devons nous engager de toutes nos forces à son service. (RM n°1).

 

Frères et sœurs, combien de fois avons-nous désobéi à cette mission d’annonce de la Bonne Nouvelle que nous a confiée le Christ ressuscité ? Combien de fois n’avons-nous pas témoigné dans nos milieux de vie de ce ressuscité de Pâques ?

De fait, l’annonce et le témoignage sont comme les deux mains de la mission du Christ à laquelle nous devons collaborer. Mais, hélas ! Que de contretémoignages, que de crucifixions à répétition du Christ chaque fois que sous l’effet des pressions de ce monde et des idéologies anti-chrétiennes, nous nous réfugions dans la peur et nous cherchons une porte de sortie. Nous sommes souvent des chrétiens et chrétiennes d’un temps, d’une occasion quand tout va bien. Ne confirmons-nous pas souvent ce que disait Christian Tumi : Chrétiens le jour, païens la nuit ?

Sachons que la mission que nous a confiée le Christ est une course de longue haleine, un témoignage perpétuel qu’aucun obstacle ne doit interrompre. C’est pourquoi selon le pape Paul VI,

 

Le témoignage d’une vie authentiquement chrétienne, livrée à Dieu dans une communion que rien ne doit interrompre mais également donnée au prochain avec un zèle sans limite, est le premier moyen d’évangélisation. L’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres…ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins (EN 67).

 

Et si le chrétien est de par son baptême, prêtre, prophète et roi, alors il est de ce fait appelé quelle que soit sa vocation à prendre part à cette mission. La mission d’annonce et de témoignage incombe à nous tous sans exception. Mais le dommage, c’est que souvent, cette mission en notre siècle semble reléguée au second plan au profit de l’actualité de ce monde : l’argent, le pouvoir, le consommable qui sont des rouleaux compresseurs. La conséquence immédiate, c’est que tout ce qui à l’instar de la mission ne procure pas des placements en banque est relevé au second plan. Cette injonction de saint Paul résonne-t-elle encore en nos oreilles aujourd’hui? « Malheur à moi, si je n’annonçais pas l’évangile » (1Co 9,16). C’est dire que chacun d’entre nous devait être missionnaire dans son lieu de service, en famille, en communauté, à l’école et j’en passe.

En somme, l’exigence de la mission du chrétien débouche sur la sainteté. C’est pourquoi selon le pape Jean-Paul II, « le véritable missionnaire, c'est le saint … la sainteté est un fondement essentiel et une condition absolument irremplaçable pour l'accomplissement de la mission de salut de l'Eglise » (RM 90). Le Christ est monté auprès de son Père et en tant que ses ambassadeurs sur la terre, il nous a confié la mission de sanctification de nos contemporains afin que son règne arrive jusqu’aux frontières et périphéries de notre monde. Serons-nous à la hauteur de cette noble mission, vénérables consacrés et futurs consacrés, chers frères et sœurs ?

Que les grâces de cette Ascension du Seigneur nous soient données en abondance afin que nous relevions ce défi missionnaire toute notre vie durant. Amen !

                                                                                          Diacre Théophile KIENOU

Publié dans Homélies

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