Aujourd’hui comme à notre baptême et confirmation, l’Esprit Saint vient encore dans nos cœurs.

Publié le par Abbé Martin OUEDRAOGO

Aujourd’hui comme à notre baptême et confirmation, l’Esprit Saint vient encore dans nos cœurs.

Homélie de la Pentecôte (dimanche 23 mai 2021)

            Frères et sœurs en Christ, Dieu est sérieux, Il est vraiment sérieux ! Jésus, Verbe de Dieu fait chair est vraiment un Dieu de parole ! Dieu tient parole ! Avant sa montée au ciel, Jésus avait promis à ses disciples un Défenseur, le Paraclet. Il y a de cela près de 2000 ans cette promesse s’est réalisée dans l’histoire : c’est la Pentecôte, le don de l’Esprit Saint aux apôtres. Même si cette fête était déjà célébrée vers la fin du 2e siècle dans certaines églises, ce fut deux siècles plus tard qu’elle fut instituée solennellement. Célébrer aujourd’hui la Pentecôte, c’est plus qu’un simple souvenir, c’est une actualisation de l’évènement fondateur de l’Eglise ! Pour que cette célébration ne soit pas simplement une fête de plus célébrée dans l’Eglise, il convient pour nous d’aller à une redécouverte du sens profond de cette fête de sorte que sa célébration soit source d’abondantes grâces pour nous. Qu’est-ce que la Pentecôte ? Qui est l’Esprit Saint et A quoi nous engage la fête de la Pentecôte ?

            L’événement pentecostal dont l’épisode nous est relaté dans le livre des Actes des apôtres est le couronnement du cheminement pascal. 50 jours après sa résurrection, Jésus envoie son Esprit à ses apôtres et à l’Eglise entière. La Pentecôte, venue de l’Esprit, manifestation de la troisième personne de la Trinité est en réalité l’accréditation de la Mission salvifique du Christ par l’Esprit. Le salut apporté et réalisé par le Christ est un salut de la Trinité et l’Esprit du Père envoyé poursuivre l’œuvre du Fils, en est le témoignage le plus beau et le plus vrai. La Pentecôte est aussi la naissance de l’Eglise, le début de son activité missionnaire. Célébrer Pentecôte c’est célébrer alors le Saint Esprit ainsi que son déploiement dans l’œuvre du Salut ! L’Esprit Saint qui est-il véritablement ?

            L’Esprit Saint, que dire de Lui ? Il est si discret, silencieux, voire muet qu’il est difficile à définir. Des trois personnes de la Trinité, on ne l’a jamais entendu du moins, à en croire les Ecritures. La voix du Père a retenti au jourdain lors du baptême du Fils ou à la Transfiguration. Le Fils, lui, toute sa vie terrestre a parcouru villes et bourgades prêchant la Bonne Nouvelle, annonçant et réinstaurant le Royaume ! Verbe de Dieu, sa vie a été conforme à ce qu’il est. Mais l’Esprit, Lui, on ne l’a jamais entendu parler quoiqu’il se manifeste toujours de manière discrète mais efficace. Cependant, les textes du jour nous dévoilent quelques traits de Cette Personne divine. Dans la première lecture, l’Esprit Saint nous est révélé comme un Souffle puissant, un Feu ardent qui enflamme les cœurs, une Source de vie et de renouveau. Le récit de la descente de l’Esprit Saint est si emballant et émotionnel que je ne suis sans doute pas le seul qui ai nourri le secret et l’ardent désir de voir se reproduire un tel scenario en ce jour. Imaginons un instant le plafond de notre église vibrer, les fenêtres claquer de toutes forces, les portes s’entrouvrir et tout cela couronné par des langues de feu se déposant sur chaque personne de cette assemblée. Nous pourrions tous nous exclamer : Il est là, vraiment là, il est vraiment là l’Esprit Saint de Dieu…Suite du chant. Mais hélas, prévoir un tel scenario et attendre que l’Esprit Saint y joue comme un acteur fidèle, c’est peut-être ignoré que cet Esprit est Discrétion, qu’il est aussi Brise Légère, qu’il est Souffle invisible, Force intérieure et tranquille. L’Esprit Saint est aussi porteur de fruits tels que l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la fidélité, la douceur et la maîtrise de soi ! Dans la vie ordinaire face à certaines difficultés et certaines situations, nous invoquons le Saint Esprit de manière silencieuse ou parfois même de manière vociférante, les yeux fermés, les mains en l’air lui demandant de descendre sur nous ou sur quelqu’un et d’opérer tel ou tel miracle ; mais Il reste comme muet. Devant une feuille de composition, nous nous remettons bien de fois à l’Esprit le priant de nous envoyer sa Science et son Intelligence, mais cela se solde parfois par un silence apparent et pour conséquence nous sommes admis en session, ou ajournés. L’Esprit aux fruits inestimables semble donc parfois ne pas nous répondre et n’obéir qu’à quelques-uns que nous appelons communément des charismatiques. Eux, il leur suffit de dire « feu ! » Et les gens se confondent dans les roulades avant et arrière ! L’Esprit Saint, Esprit de vérité, Esprit d’unité et de communion dans l’Eglise est aujourd’hui source de confusion, non pas qu’il sème la confusion et la division mais qu’en son nom beaucoup sèment la confusion et la division dans l’Eglise. Ce n’est un secret pour personne, il y a eu dans l’Eglise universelle et même dans nos églises particulières, des dérives avec des soi-disant charismatiques. Bien entendu tout en admettant et en reconnaissant les merveilles de Dieu réalisées dans la vie de foi de l’église à travers le Renouveau charismatique, nous devons cependant demander la grâce du discernement pour pouvoir distinguer ce qui vient de l’Esprit et ce qui ne l’est pas. En plus des fruits de l’Esprit énumérés par St Paul dans sa lettre aux Galates, l’Esprit fait église, il construit et sait nous focaliser sur l’essentiel qu’est l’Eucharistie ! Prioriser une prière charismatique à une célébration eucharistique, c’est peut-être méconnaitre l’Esprit en son lien intrinsèque avec l’Eucharistie et en sa présence pleine dans l’Eucharistie. Nulle part ailleurs l’Esprit ne se manifeste dans l’Eglise plus que dans l’Eucharistie au moment de la consécration, où par l’Esprit, le pain devient le corps et le vin, le sang du Christ. Nous recherchons parfois l’Esprit Saint dans le merveilleux, le sensationnel or il est tout juste là dans la simplicité et dans l’ordinaire de nos vies. Nos déceptions apparentes dans nos invocations à l’Esprit sont peut-être dues au fait que nous l’invoquons là où il n’est pas ou nous invoquons Celui qu’il n’est pas, car l’Esprit St n’est pas un magicien prêt à intervenir toujours de manière miraculeuse dans nos vies, l’Esprit Saint agit toujours en collaborateur.

Célébrer Pentecôte, c’est alors se montrer plus collaborateur à l’œuvre de l’Esprit. Dans la première lecture, il est dit que tous avaient reçu le Saint Esprit au Cénacle et si cela a été possible c’est parce qu’ils étaient tous disposés à la visite de l’Esprit. Nous aussi, au baptême et à la confirmation, nous avons reçu la marque de l’Esprit Saint ; mais pour que cet Esprit enflamme toujours nos cœurs, il faut notre collaboration. Collaborer à l’œuvre de l’Esprit Saint dans nos vies, c’est opter de vivre sous la loi de l’Esprit en rejetant celle de la chair qui mène à l’inconduite, à la sorcellerie, à la haine, à l’emportement, à l’intrigue, aux divisions, aux sectarismes, à l’envie, à la beuverie, aux orgies et autres choses du même genre tels que l’adultère, la fornication, la masturbation, l’addiction à la pornographie et j’en passe. De toutes ces tendances de la chair sus-énumérées, chacun et chacune de nous sait ce qui le maintient soumis à la loi de la chair et l’éloigne de celle de l’Esprit. Lutter contre nos penchants en vue de mieux collaborer avec l’Esprit et à nous laisser conduire par Lui, Esprit de Vérité, voilà ce à quoi nous engage cette fête de la Pentecôte. Pentecôte, c’est aussi un appel à l’amour, à la charité et à l’ouverture à l’autre. Sans le Défenseur, le Paraclet, notre timidité était grande et notre peur paralysante mais avec l’assurance de l’Esprit Saint, toutes chaines se brisent, toutes peurs et hésitations s’estompent et nous l’avons vu avec les disciples. Aussitôt remplis de l’Esprit Saint, ils se mirent à parler en langues. Aujourd’hui comme à notre baptême et confirmation, l’Esprit Saint vient encore dans nos cœurs, mais qu’allons-nous faire en retour ? A coup sûr nous ne nous mettrons pas à parler en chinois, en talmud, en arabe, en wara ni en gouin pendant cette messe ni après. Mais la langue dans laquelle nous devons tous parler pour être entendus partout dans le monde, c’est la langue de l’amour, de la charité et de l’ouverture à l’autre. Pentecôte c’est le feu de l’amour qui vient redonner vie à tout ce qui se fane et se meurt, Pentecôte c’est la flamme de charité qui vient redonner sourire et espoir à tous ceux qui sombrent dans le désespoir et dans la pauvreté, Pentecôte c’est l’Esprit qui nous envoie en Mission, Pentecôte, c’est l’Esprit qui vient nous renouveler et nous régénérer en femmes et hommes nouveaux ! Puissions-nous être véritablement disposés à accueillir l’Esprit qui vient toujours à nous et nous laisser conduire par Lui au quotidien de notre vie. La paix soit avec vous !

Diacre Yerkoupouo Roland KUSIELE MEDA

Publié dans Homélies dominicales

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